L'exactitude (Leçon 28) garantit que chaque fait est vrai. L'équilibre garantit autre chose : que l'ensemble est juste. Un article peut n'être composé que de faits exacts et rester profondément trompeur — il suffit de n'avoir choisi que les faits d'un camp. L'équilibre est donc la deuxième discipline de l'éthique : entendre les différentes parties, refléter loyalement leurs positions, et ne pas confondre son récit avec un réquisitoire.
Extrait de la leçon
Mais aussitôt, une question piège — posez-la-vous à chaque débat : combien de « vérités » ? Y a-t-il seulement deux facettes, deux versions, deux termes d'un débat ? Il est souvent plus fécond d'envisager trois ou quatre points de vue au lieu de deux. Tel est le cas dans de nombreuses controverses : le débat sur l'avortement, par exemple, ne se résume pas aux seules positions de ceux qui sont pour et de ceux qui s'y opposent — entre les deux vivent des positions intermédiaires, conditionnelles, religieuses, médicales, que le duel binaire écrase. Le « pour ou contre » est la paresse de l'équilibre.
Et lorsqu'un débat semble vraiment se résumer à deux positions opposées, seconde question : ces positions ont-elles une valeur égale ? Doivent-elles bénéficier du même traitement ? Le réchauffement climatique est un fait scientifiquement établi ; certains le contestent encore. Quel temps d'antenne, quel espace leur accorder ? Accorder cinquante-cinquante à un consensus scientifique et à sa négation, ce n'est pas de l'équilibre : c'est de la fausse équivalence — une distorsion déguisée en vertu. L'équilibre s'applique aux opinions en débat, pas aux faits établis.
Exemples et illustrations
Voyez la différence sur un cas de rédaction. Une épidémie éclate ; le ministère minimise, des soignants alertent. Le faux équilibre : une déclaration de chaque camp, dos à dos, « la polémique enfle ». L'équilibre véritable : les chiffres vérifiables d'abord (admissions, stocks, certificats), puis les positions — celle du ministère, celle des soignants, celle des familles — chacune confrontée aux faits. Le lecteur ne sort pas avec « chacun sa vérité » ; il sort avec la vérité disponible et la carte honnête des désaccords restants.
La leçon complète — cinq pages d'exposé, d'exemples africains et de mise en pratique — figure dans le manuel.
À vous de jouer
- Prenez un débat qui agite votre pays. Listez non pas deux, mais quatre positions distinctes en présence, avec pour chacune son meilleur argument. Lesquelles les médias ignorent-ils ?
- Trouvez un article construit en « pour/contre ». Réécrivez son plan en version équilibre véritable : les faits établis d'abord, puis les désaccords réels, hiérarchisés selon la preuve.
- Relisez un de vos articles dont vous étiez fier. Cherchez le fait gênant que vous avez omis — il y en a presque toujours un. Réécrivez le paragraphe en l'incluant. L'article est-il affaibli, ou renforcé ?
Lire la leçon en entier
Cette leçon est l'une des 52 du manuel La Pratique du métier de journaliste en 52 leçons — 6 paragraphes d'exposé et d'exemples, plus les exercices.
Découvrir le livre