Avant d'écrire la première ligne de n'importe quel article, trois questions. Qui est mon public ? De quoi a-t-il besoin ? Que sait-il déjà ? Tout le reste — l'angle, le ton, le vocabulaire, la longueur, ce qu'il faut expliquer et ce qu'on peut supposer connu — découle de ces trois réponses. Le journaliste qui les saute écrit à l'aveugle.
Extrait de la leçon
Ces questions paraissent banales. Elles cachent un piège profond, et particulièrement sournois pour nous, journalistes africains : le lecteur imaginaire. Formés sur des manuels importés, nourris de grands médias internationaux, beaucoup d'entre nous écrivent — sans même s'en rendre compte — pour un rédacteur en chef occidental installé dans un coin de leur tête. C'est lui qu'on cherche à impressionner ; c'est pour lui qu'on explique ce que tout lecteur de Douala sait déjà, et qu'on néglige ce que ce même lecteur meurt d'envie de comprendre.
Voici le test le plus révélateur : regardez ce que vous expliquez. Ce que vous définissez dans un article dit exactement qui vous imaginez en train de le lire. Si vous écrivez « le gombo, plat populaire d'Afrique centrale » pour un public camerounais, votre lecteur imaginaire n'est pas camerounais. À l'inverse, si vous lâchez « la CEMAC » sans un mot pour le lecteur ordinaire, vous n'écrivez plus pour le public mais pour les initiés.
Exemples et illustrations
Regardez ce que produit une rédaction qui a répondu clairement aux trois questions. The Continent, hebdomadaire panafricain né en 2020, a tout construit autour de son lecteur : un Africain connecté, pressé, qui s'informe sur son téléphone. Réponse éditoriale : un journal en PDF léger, distribué sur WhatsApp — le canal que ce lecteur utilise déjà —, des articles courts, un ton complice, zéro explication superflue de ce que ce lecteur sait. Le succès a suivi, précisément parce que le public visé s'est reconnu.
La leçon complète — cinq pages d'exposé, d'exemples africains et de mise en pratique — figure dans le manuel.
À vous de jouer
- Prenez votre dernier article. Surlignez tout ce que vous avez expliqué et tout ce que vous avez supposé connu. Verdict : qui était votre lecteur imaginaire ? Est-ce votre lecteur réel ?
- Rédigez la fiche de votre lecteur type en cinq lignes : âge, langue(s), support de lecture, préoccupations, ce qu'il sait déjà de votre domaine. Affichez-la près de votre écran.
- Réécrivez l'attaque d'un même sujet pour deux publics différents — par exemple, les habitants de votre ville et la diaspora. Notez tout ce qui change : c'est la preuve que le public commande l'écriture.
Lire la leçon en entier
Cette leçon est l'une des 52 du manuel La Pratique du métier de journaliste en 52 leçons — 8 paragraphes d'exposé et d'exemples, plus les exercices.
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