Parlons de ce dont les manuels importés ne parlent jamais. Au Cameroun, on l'appelle le « gombo ». En RDC, le « coupage ». Au Nigeria, la brown envelope. Partout, la même réalité : l'enveloppe glissée au journaliste à la fin de la conférence de presse, le « transport » remboursé au triple du taxi, le per diem du séminaire. Le phénomène est si installé que, dans certaines rédactions, on ne demande plus si un événement paie, mais combien.
Extrait de la leçon
Soyons honnêtes sur les causes avant de juger les effets. Des salaires faibles, souvent versés en retard ou pas du tout ; des rédactions qui envoient leurs reporters couvrir l'actualité sans un franc de frais de mission. Le système du gombo prospère sur cette précarité — et ceux qui l'organisent le savent parfaitement. Comprendre cela n'est pas excuser ; c'est viser juste : le problème est structurel autant qu'individuel.
Mais voici la vérité qui ne se négocie pas : qui paie commande. L'enveloppe n'achète pas seulement un article complaisant — elle achète pire : votre agenda. Le journaliste « gombotisé » couvre ce qui paie et ignore ce qui ne paie pas. Or ce qui paie, ce sont les puissants ; ce qui ne paie pas, ce sont les victimes, les quartiers, les hôpitaux sans budget de communication. À l'échelle d'un pays, le gombo ne fausse pas des articles : il fausse la carte entière de ce qui est raconté. La Charte de Munich, référence déontologique de la profession francophone, le dit sans détour : le journaliste ne peut accepter d'avantage en raison de la publication ou de la suppression d'une information.
Exemples et illustrations
Distinguons, car tout n'est pas équivalent. Le noir absolu : l'enveloppe contre un article, la « motivation » pour enterrer une enquête, le salaire parallèle d'un cabinet ministériel. C'est de la corruption — le mot exact. Le gris : le transport réel vers un site inaccessible, le repas de presse, le per diem d'un atelier de formation. Les grandes rédactions internationales tranchent par une règle simple : c'est le média qui paie les frais de ses journalistes — parce que l'indépendance commence par l'autonomie logistique. Quand votre rédaction ne le peut pas, appliquez le test de transparence : ce que vous acceptez, pourriez-vous le déclarer publiquement, à votre rédacteur en chef et à vos auditeurs, sans gêne ? Le transport vers un site minier enclavé passe le test. L'enveloppe « pour le week-end » ne le passe pas.
La leçon complète — cinq pages d'exposé, d'exemples africains et de mise en pratique — figure dans le manuel.
À vous de jouer
- Écrivez votre règle personnelle en trois lignes : ce que vous acceptez, ce que vous refusez, ce que vous déclarez. Confrontez-la au test de transparence — puis à un confrère aîné que vous respectez.
- Listez les cinq derniers événements couverts par votre média. Pour chacun : y avait-il per diem, transport, cadeau ? Puis listez cinq sujets d'intérêt public non couverts le même mois. Que révèle la comparaison ?
- Simulation : à la fin d'une conférence de presse, l'attaché vous tend l'enveloppe devant vos confrères qui la prennent. Écrivez, mot pour mot, votre phrase de refus — courtoise, sans sermon pour les autres. L'avoir préparée, c'est déjà pouvoir la dire.
Lire la leçon en entier
Cette leçon est l'une des 52 du manuel La Pratique du métier de journaliste en 52 leçons — 6 paragraphes d'exposé et d'exemples, plus les exercices.
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