Vous ferez des erreurs. Pas par incompétence — par arithmétique : un journaliste manie chaque semaine des centaines de noms, de chiffres, de dates, sous pression du temps. Même armé de la discipline de vérification (Leçon 28), il en laissera passer. La question éthique n'est donc pas « comment ne jamais se tromper ? » — c'est : que faites-vous quand cela arrive ? C'est là, exactement là, que se départagent les médias sérieux et les autres.
Extrait de la leçon
La doctrine tient en quatre verbes. Reconnaître : l'erreur signalée se vérifie immédiatement, sans réflexe défensif — celui qui vous corrige vous rend service. Corriger : vite, et au même endroit — une erreur en une ne se répare pas par deux lignes en page douze ; en ligne, on corrige l'article et on le signale, car la correction furtive, qui efface sans l'avouer, est une seconde faute. Expliquer : dire ce qui était faux et ce qui est exact, sans jargon d'excuse (« des imprécisions ont pu se glisser… ») — nommez l'erreur. Apprendre : d'où venait-elle ? Source unique ? Chiffre non recalculé ? Relecture sautée ? Une rédaction qui archive ses erreurs se vaccine.
Et retenez le paradoxe central, contre-intuitif mais démontré : corriger visiblement renforce la crédibilité. Le public ne croit pas les médias qui ne se trompent jamais — il n'en existe pas. Il croit ceux qui se corrigent honnêtement. La rubrique des corrections n'est pas le mur de la honte ; c'est le certificat d'honnêteté de la maison. À l'inverse, l'erreur niée, maintenue par orgueil, transforme une faute vénielle en preuve de mauvaise foi — et c'est la mauvaise foi, jamais l'erreur, qui tue un média.
Exemples et illustrations
Les grands quotidiens du monde publient chaque jour leur rubrique de corrections — le New York Times en assume des milliers par an, avec une précision d'horloger, jusqu'à la faute sur un nom de chien. Question : combien de médias de votre pays ont une rubrique équivalente ? La rareté des corrections dans une presse ne signifie pas la rareté des erreurs — elle signifie la rareté de l'humilité. Voilà un espace où les rédactions africaines peuvent prendre une longueur d'avance à peu de frais : la correction est la moins chère des réformes de crédibilité.
La leçon complète — cinq pages d'exposé, d'exemples africains et de mise en pratique — figure dans le manuel.
À vous de jouer
- Retrouvez une erreur publiée — la vôtre ou celle de votre média. Rédigez la correction modèle en quatre lignes : ce qui était écrit, ce qui est exact, sans détour ni jargon d'excuse.
- Auditez trois médias de votre pays : ont-ils une rubrique de corrections ? Un canal de réclamation visible ? Une charte publiée ? Notez-les sur dix — et notez le vôtre.
- Tenez votre registre d'erreurs personnel pendant un mois : chaque erreur, même minime, avec sa cause (source unique, chiffre, relecture…). Au bout du mois, identifiez votre faille récurrente — c'est votre chantier de l'année.
Lire la leçon en entier
Cette leçon est l'une des 52 du manuel La Pratique du métier de journaliste en 52 leçons — 6 paragraphes d'exposé et d'exemples, plus les exercices.
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