Finissons ce pilier par la leçon qu'on n'enseigne presque jamais à l'école : rester entier — physiquement, juridiquement, psychologiquement. Posons d'abord le principe : la prudence n'est pas de la lâcheté, c'est une compétence professionnelle. Un journaliste blessé, emprisonné ou brisé ne raconte plus rien. Votre sécurité est la condition de votre travail, pas son option.
Extrait de la leçon
La sécurité physique commence avant le terrain : l'évaluation du risque. Pour toute mission sensible — manifestation, zone de conflit, enquête qui dérange — répondez par écrit : quels sont les risques précis ? Qui sait où je vais ? Quel est mon protocole de contact (appels à heures fixes, mot de code) ? Quelles sont mes sorties ? Sur place : repérez les issues avant la foule, placez-vous en bordure des cortèges, jamais entre forces de l'ordre et manifestants ; en zone de conflit, le fixeur local expérimenté n'est pas un luxe, c'est votre assurance-vie — traitez-le et payez-le comme tel.
La sécurité juridique : connaissez les lois de votre pays — diffamation, offense au chef de l'État, secret-défense, textes sur les publications en ligne — non pour vous autocensurer, mais pour mesurer les risques en connaissance de cause et blinder vos papiers (preuves archivées, contradictoire documenté, Leçon 15). Préparez le protocole d'arrestation : le numéro de l'avocat appris par cœur, celui de votre rédaction, la conduite à tenir (calme, silence sur les sources, exigence d'un avocat).
Exemples et illustrations
Reste la sécurité dont personne ne parle : celle de l'esprit. J'en témoigne. D'octobre 2003 à 2005, j'ai couvert pour RFI, à Arusha, le Tribunal pénal international pour le Rwanda — seul correspondant étranger permanent, pendant plus de deux ans, face à des procès quasi quotidiens. Des mois durant, j'ai écouté, consigné, résumé des témoignages d'atrocités. Personne, dans ma rédaction, ne m'avait préparé à cela — « on se tient au courant », m'avait dit mon rédacteur en chef, incapable d'un conseil plus utile. J'ai appris sur place ce que la couverture de la justice transitionnelle exige : elle se déroule dans un temps de deuil, quand un peuple tente de vivre avec d'insoutenables souvenirs. Le journaliste y porte une double charge — respecter la souffrance des victimes sans juger les accusés à la place des juges — et cette charge, il la porte en lui, longtemps après le bouclage.
La leçon complète — cinq pages d'exposé, d'exemples africains et de mise en pratique — figure dans le manuel.
À vous de jouer
- Remplissez votre première fiche d'évaluation de risque pour une couverture réelle à venir : risques, contacts, protocole d'appels, issues, plan B. Faites-la valider par un confrère aîné.
- Auditez le droit de votre pays : listez les cinq textes qui exposent le plus les journalistes (diffamation, cybercriminalité…) et, pour chacun, la parade professionnelle (preuves, contradictoire, relecture juridique).
- Après votre prochaine couverture difficile, pratiquez le débriefing : trente minutes avec un confrère de confiance — ce que j'ai vu, ce que ça m'a fait, ce dont j'ai besoin. Instituez-le dans votre rédaction.
Lire la leçon en entier
Cette leçon est l'une des 52 du manuel La Pratique du métier de journaliste en 52 leçons — 8 paragraphes d'exposé et d'exemples, plus les exercices.
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