Protéger ses sources
Clarifier les conditions d’un entretien et tenir les engagements pris. Une personne peut être identifiée par bien plus que son nom.
L’essentiel
Une promesse absolue
La règle d'or tient en une phrase : une promesse d'anonymat, une fois donnée, est absolue. Pas « sauf si mon rédacteur en chef insiste ». Pas « sauf devant un juge ». Des journalistes, sous toutes les latitudes, ont préféré la prison à la trahison d'une source — c'est le prix affiché de la promesse, et il faut le connaître avant de la faire.
D'où le corollaire : ne promettez pas à la légère. L'anonymat se mérite, en trois questions. L'information est-elle d'intérêt public réel ? La source court-elle un risque véritable (licenciement, poursuites, violences) en parlant à découvert ? L'information est-elle vérifiable autrement — documents, recoupements (Leçon 28) ? Si l'anonymat sert à lancer une attaque invérifiable sans en payer le prix, la réponse est non : vous n'êtes pas un paravent.
On, off et l'entre-deux
Clarifiez les termes avant l'entretien, car les malentendus détruisent : « on » (tout est publiable et attribué), « off » (rien n'est publiable), et l'entre-deux — publiable sans attribution — dont les contours se négocient explicitement. Une source qui découvre après coup ce que vous entendiez par « off » est une source brûlée — et dix autres avec elle (Leçon 23).
Le réflexe à emporter
Clarifiez les conditions de l’entretien avant de recueillir les confidences. Relisez aussi les détails indirects : métier, quartier ou fonction peuvent identifier quelqu’un même si son nom disparaît. La protection se juge sur l’ensemble du récit.
À vous de jouer
Rédigez, dans vos mots, votre « contrat verbal » type : comment expliquerez-vous à une source le « on », le « off » et l'entre-deux, en trente secondes, avant tout entretien sensible ?