Nous entrons dans le genre roi. Le reportage est un moyen de faire voir, une occasion de donner à entendre, une opportunité de faire sentir — bref, de faire vivre un événement ou une situation à ceux qui n'y étaient pas. Sa matière première : des scènes, enchaînées comme au spectacle. Un décor, des sons, des personnages, une action ; donc un scénario, des dialogues, une mise en scène — avec un début, un déroulement et une fin. Jean-Dominique Boucher, qui a formé des générations de reporters au CFPJ, en a fixé la grammaire.
Extrait de la leçon
Définissons aussi par la négative. Le reportage n'est pas un monologue du journaliste. Pas une leçon de morale illustrée d'exemples. Pas un compte rendu : le compte rendu rapporte, le reportage raconte. Et retenez la règle des 80 % : un récit dont au moins quatre cinquièmes des informations ne viennent pas du terrain n'est plus un reportage — c'est un article d'ambiance écrit au bureau.
Un reportage se prépare, ensuite. Les mains dans les poches, fortement déconseillé. Avant de partir : se documenter — quelques rapports, les articles déjà publiés — mais sans excès, car un reportage écrit à l'avance dans la tête du journaliste n'en est plus un ; identifier et localiser précisément l'événement, pour s'épargner temps perdu et stress ; repérer des contacts — amis d'amis, confrères, experts, institutionnels ; informer sa rédaction ; et assurer sa tranquillité matérielle : stylos, carnets, micro, batteries. Le reporter démuni sur le terrain fait de la figuration, pas du journalisme.
Exemples et illustrations
La tradition distingue les reportages par leur température. Chaud : l'événement surgit et vous êtes dedans — un fait divers, un match de la CAN raconté depuis les tribunes et la rue. Tiède : l'événement est en cours, vous le prenez en marche — une inondation à Dakar, une pénurie de carburant qui s'installe. Froid : l'événement est à l'agenda — un sommet de l'Union africaine, une rentrée scolaire — et tout l'art consiste à y trouver du vivant là où les confrères recopieront le programme. Magazine, enfin : affranchi de l'actualité immédiate, il peut devenir grand reportage — nous y consacrons la Leçon 14.
La leçon complète — cinq pages d'exposé, d'exemples africains et de mise en pratique — figure dans le manuel.
À vous de jouer
- Classez les cinq derniers reportages que vous avez lus, vus ou entendus : chaud, tiède, froid ou magazine ? Pour chacun, notez ce qui trahit sa température.
- Préparez sur papier un reportage froid de votre choix (événement à l'agenda local) : documentation minimale, localisation, trois contacts, liste de matériel. Temps limite : quarante-cinq minutes.
- Transformez un compte rendu récent — le vôtre ou celui d'un confrère — en ouverture de reportage : une scène, un personnage, un détail chiffré, cinq lignes maximum.
Lire la leçon en entier
Cette leçon est l'une des 52 du manuel La Pratique du métier de journaliste en 52 leçons — 6 paragraphes d'exposé et d'exemples, plus les exercices.
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