Le journalisme africain a une particularité que les manuels importés ignorent : il est multilingue par nature. On interviewe en duala, en wolof, en lingala, en pidgin ; on publie en français ou en anglais ; on sous-titre pour des publics qui lisent dans une troisième langue. Cette gymnastique quotidienne, invisible et chronophage, est précisément le terrain où l'IA change le plus concrètement nos vies. Trois chantiers.
Extrait de la leçon
Transcrire. L'interview d'une heure qui exigeait une après-midi de saisie se transcrit désormais en minutes (Leçon 46). Le flux de travail correct : enregistrement propre (Leçon 42 : le micro près de la bouche), transcription automatique, puis relecture humaine à l'oreille — systématique pour les noms propres, les chiffres et toute phrase destinée à être citée. La machine confond ce qu'elle n'a jamais entendu ; vos noms locaux sont sa faiblesse structurelle (Leçon 45).
Traduire. Pour les documents de travail — rapport en anglais, communiqué en portugais — la traduction automatique est une bénédiction sans réserve : vous vérifiez de toute façon les faits à la source. Pour les citations, la règle durcit brutalement : une citation mal traduite est une citation fabriquée (Leçon 28). Doctrine : toute citation traduite par une machine est revérifiée par un humain qui parle la langue — au besoin, votre fixeur, un confrère, la source elle-même. Et signalez la traduction au lecteur (« propos traduits du swahili »).
Exemples et illustrations
En 2025, j'ai animé à Douala une masterclass sur l'IA avec des journalistes sportives camerounaises. Premier sondage à main levée : « Qui utilise déjà un outil de traduction pour ses recherches ? » Presque toutes les mains. L'IA n'attendait pas notre permission — elle était déjà dans la salle. Je leur ai partagé un chiffre de ma propre carrière de correspondant : je passais 70 % de mon temps à chercher — statistiques, feuilles de match, archives — et 30 % à écrire. Les outils d'aujourd'hui permettent d'inverser ce ratio. Voyez ce que cela donne sur le cas type de la conférence de presse d'après-match (Leçon 46) : l'entraîneur répond en anglais, la capitaine en français, une joueuse lâche la phrase du jour en pidgin. Chaîne de travail : transcription automatique des trois langues ; traduction de travail des propos de l'entraîneur ; vérification humaine des deux citations retenues — dont la phrase en pidgin, revue avec une consœur qui le parle mieux que la machine ; clip vertical sous-titré pour les réseaux, corrigé nom par nom.
La leçon complète — cinq pages d'exposé, d'exemples africains et de mise en pratique — figure dans le manuel.
À vous de jouer
- Le test des trois langues. Faites transcrire un même enregistrement de dix minutes mêlant français et langue locale. Comptez les erreurs par langue. Vous saurez exactement où la machine vous lâche — et où redoubler de vigilance.
- L'aller-retour de la citation. Prenez une citation traduite automatiquement vers le français. Faites-la retraduire vers la langue d'origine par un locuteur. Le sens a-t-il survécu au voyage ? Sinon, qu'auriez-vous publié ?
- Sous-titrez automatiquement votre vidéo de 90 secondes (Leçon 42), puis corrigez : noms, chiffres, ponctuation. Chronométrez la correction — c'est le vrai coût, toujours inférieur au gain.
Lire la leçon en entier
Cette leçon est l'une des 52 du manuel La Pratique du métier de journaliste en 52 leçons — 8 paragraphes d'exposé et d'exemples, plus les exercices.
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